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Mini-série photographique

Mousses en sous-bois

 

Mousses et lichens - © Norbert Pousseur

Étoiles de lumières moussues en sous-bois,
et petits champignons-lichens, tels des lutins en promenade.

Les Contamines-Montjoie - 1972 - Neg 6x6 - archiv001 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine



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Murmures en Graph’mur
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pour être averti


 

Mousses en tous lieux

Se balader dans les forêts des montagnes de Haute-Savoie ou de Provence,
ou dans des plaines marécageuses,
aux mousses presque toujours vertes, mais pas toujours.

Une nature, simple, paisible, en contre-point de notre société violente et par moment inquiétante.

 

Ce qu'on disait en 1690 du terme mousse dans le dictionnaire de Furetière

MOUSSE, subst. fem. Petite herbe grisâtre qui croît sur le tronc et les branches de quelques arbres, et quelquefois sur la terre et sur les pierres. La mousse se trouve particulièrement aux cèdres, aux trembles, aux chênes, aux pesses et aux sapins. Il en croît en Italie sur les mélèzes et les larix. La blanche est bonne et odorante, celle qui tire sur le noir est de nulle estime.  Dioscoride.
On se couche à la campagne sur la mousse et le gazon. Cet arbre est tout velu de mousse.

La mousse sert à calfeutrer les bateaux, à faire de bonne poudre pour les cheveux. Ménage dérive ce mot de muscus, ou du Latin barbare mussula, dont use Grégoire de Tours.

Mousse terrestre, est aussi une plante qui jette de longs sarments en manière de cordes, garnis de petites feuilles et longuettes, qui ont sept ou huit aunes. Elle se traîne par terre parmi les pierres chargées de mousse, s’appuyant sur de petites racines expillaires qui sortent des sarments, comme celles du lierre. Quelques-uns la prennent pour le nardus celtique. Voyez Matthiole.
La mousse qui croît sur l’écorce des arbres leur est fort nuisible, et il la faut ôter pour les faire profiter.

On dit proverbialement, Pierre qui roule n’amasse point de mousse, pour dire, qu’il faut s’arrêter à un métier, qu’on a choisi pour y profiter.

MOUSSE, adj. Se dit des serrements dont le tranchant et la pointe sont usé, ou mal aiguisé, ou bien où il y a encore du morfil. Cette cognée est mousse, le fer en est rebouché.

MOUSSE, se dit figurément de l’esprit, lorsqu’il est lourd et pesant, qu’il n’est ni subtil, ni pointu.
Cet esprit est mousse, il a de la peine à pénétrer, à comprendre ce qu’on lui enseigne.

 

Lire, en fin de page, d'autres articles sur les Mousses



Photos en mini-série de l'année 2017

Présentation générale Le même en espagnol :
Musgo en sotobosque
Le même en anglais :
Mosses in the undergrowth
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Brins de mousses - © Norbert Pousseur

Graines de mousse au bout de leur longue tige d'1 à 2 cm.


Vallorcine - 1999 - Num 6x6 - d120a99p050v08 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Mousses sur souche - © Norbert Pousseur

Mousse et lichens,
plantes vivantes qui font revivre les souches en décomposition.

Vallorcine - 1999 - Num 6x6 - n120a99p199v01 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Manteau de mousses - © Norbert Pousseur

Bien que néfaste pour la santé de l'arbre,
on a l'impression que celui-ci est muni d'un manteau de mousse pour l'hiver

Argovie - Suisse - 2004 - Num 6 Mpx - 10db_68902 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Mousses sur branches mortes - © Norbert Pousseur

Mousses vivaces sur branches mortes et tronc humide.

Argovie - Suisse - 2007 - 10dc_6748 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Mousses sur rocher - © Norbert Pousseur

Et pourtant il n'y a que de la pierre pour que vivent ces mousses.

Vallorcine - 2011 - Num 21 Mpx - 5d2b_5660 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Mousses en forêt de montagne - © Norbert Pousseur

Telle une nature immuable où l'homme a peu de place,
arbres, rochers et mousses en forêt de montagne.

Les Contamines-Montjoie - 2011 - Num 21 Mpx - 5d2b_6035 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Mousses d'eau, provençales - © Norbert Pousseur

Mousses d'eau au couleur du soleil,
poussant sur les pentes provençales du Mont de Roquebrune.

Roquebrune - Var - 2013 Num 21 Mpx - 5d2d2_5253 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Rideau de mousses - © Norbert Pousseur

Longues mousses lettones comme un rideau léger.

Lettonie - 2012 - Num 21 Mpx - 5d2d2_1342 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Parterre de mousses - © Norbert Pousseur

Autres mousses d'eau, lettones, telles une foule serrée en mouvement.

Lettonie - 2012 - Num 21 Mpx - 5d2d2_1329 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Mousses sur vieux tronc - © Norbert Pousseur

Brins de mousse sur tronc décrépi,
pour une symphonie de lumière en sous-bois

Draguignan - 2011 - Num 21 Mpx - 5d2b_9530 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 

Présentation générale Le même en espagnol :
Musgo en sotobosque
Le même en anglais :
Mosses in the undergrowth
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Description extraite du Dictionnaire universel du commerce,
par Jacques Savary des Bruslons, édition de 1748
(collection personnelle)

MOUSSE, qu’on nomme aussi USNÉE. Petite plante qui croît sur les arbres, sur les pierres et sur les coquillages.
Il y a plusieurs sortes de mousses qui entrent dans le commerce des Marchands Épiciers, et qui servent ou à la Médecine ou aux Parfumeurs ; entre autres la Mousse marine, qu’on nomme autrement Coralline, qui est bonne contre les vers, et la Mousse de cèdre et de sapin qui entre dans la composition de la poudre de Chypre.
La mousse des arbres communs, comme du chêne, de l’orme, du peuplier, etc., sert aux Matelots et Mariniers à calfater et calfeutrer leurs navires et bateaux. Les Oiseliers en font aussi un petit trafic, et l’emploient à préparer les Cages dans lesquelles on met couver certaines sortes d'oiseaux.
Ce n’est que depuis l’usage des microscopes qu’on a reconnu que la mousse était une véritable plante qui avait ses racines, ses tiges, ses feuilles, ses fleurs et sa semence. Ses feuilles sont molles, blanches et découpées en parties beaucoup plus minces que les cheveux.
En général on estime la mousse d’arbre d’une nature astringente; ce qui fait qu’on s’en sert dans les dévoiements et les hémorragies. Les Épiciers ont coutume de la vendre sous le nom d’Usnée.

USNÉE. Espèce de plante ou mousse que produit le cèdre, le chêne et quelques autres arbres.
L’Usnée entre dans la composition des poudres de Chypre, de Franchipane, à la Maréchale, et de quantité d’autres que les Marchands Épiciers, Droguistes et Parfumeurs font venir de Montpellier et de quelques autres endroits : on l’appelle aussi Mousse d’arbre.
Usnée humaine. C’est une petite mousse de couleur verdâtre qui croît sur les têtes des morts lorsqu’elles sont un peu anciennes.


 

Description extraite de l'Encyclopédie domestique
d'Adolphe Fosse, édité en 1832
(collection personnelle)

MOUSSEManière de faire des matelas de mousse. Au mois de septembre, ramassez, par un temps bien sec, de la mousse des bois, et de préférence la plus longue et la plus douce, que vous séparerez de ses racines ligneuses ; faites-la assez sécher à l’ombre afin d’en ôter la terre qui peut y être encore attachée, mais pas assez pour la rendre cassante. Mettez-la alors sur des claies et battez-la légèrement avec des baguettes pour bien la nettoyer, et coupez en même temps ce qu’elle aurait de trop dur. Faites-en ensuite un matelas de huit pouces d’épaisseur, de la même manière que se font ceux de crin, qu’ils peuvent remplacer avec avantage, et piquez-les d’espace en espace. Lorsqu’ils s’aplatiront trop, battez-les avec une baguette, et vous les verrez reprendre leur première épaisseur et devenir aussi bons, aussi mollets que lorsqu’ils étaient neufs.
Moyen de détruire la mousse des arbres. Les mousses qui croissent sur les arbres les endommagent de plusieurs manières : elles interceptent la transpiration de toutes les parties qu’elles couvrent, et servent de retraite aux insectes ; leurs racines, dont les rameaux s’introduisent dans toutes les ramifications de l’écorce, s’y font jour jusqu’au bois en le séparant de son écorce ; elles portent sur la tige et les rameaux une humidité d’autant plus nuisible qu’elle est la première cause de la putréfaction qui, venant à gagner le cœur, occasionne tôt ou tard la perte du végétal sur lequel ce dangereux ennemi a si longtemps vécu à ses dépens. L’abondance des mousses est surtout un fléau pour les arbres fruitiers ; c’est une sorte de gale qui les ronge, les prive d’une partie de leur sève, les empêche de porter du fruit, et les fait périr d’autant plus promptement qu’ils sont plus jeunes quand ils en sont attaqués.
Pour l’attaquer à son tour et pour le détruire, il  faut déchausser l’arbre jusqu’à la courbure des grosses racines, et répandre dans ce bassin un boisseau de cendre lessivée : il est rare que la mousse résiste à cette opération ; et si le cultivateur intelligent et peu avare de sa peine voulait la réitérer, il serait récompensé par une plus grande abondance de fruit. Dans tous les cas, on ne doit pas surtout négliger de l’enlever en raclant toutes les parties de l’arbre où elle se trouve : on se sert pour cela d’un couteau de bois, ou d’un couteau dont la lame n’est pas tranchante. Cette opération se fait avec beaucoup de facilité par un temps de brouillard ou immédiatement après la pluie. Lorsque la croissance des mousses provient de la mauvaise qualité du sol, il faut le remplacer par de la bonne terre, ou l’amender par des arrosements d’eaux de fumier. Enfin, pour guérir les arbres de la mousse, on fait avec une serpette, une incision en ligne droite à l’écorce, depuis le haut des branches jusqu’au pied de l’arbre malade, lorsque ces plantes parasites le couvrent entièrement : il résulte de cette opération que la sève circulant avec plus de facilité, l’écorce des arbres devient moins raboteuse, et l’arbre se rétablit.


 

Description extraite du Dictionnaire d'agriculture,
de J. A. Barral et Henry Sagnier, édité en 1896
(collection personnelle)

MOUSSES (botanique). — Groupe de plantes Cryptogames (Acotylédones). Pour certains auteurs, les Mousses forment une classe distincte ; pour d’autres, elles doivent être considérées comme une subdivision de la classe des Muscinées, qui comprend avec elles les Sphaignes (Sphagna) et les Hépatiques (Hepaticæ). Nous ne pensons pas que ce soit ici le lieu de discuter les raisons qui peuvent militer en faveur de l’une ou l’autre opinion ; nous nous bornerons à essayer de donner au lecteur une idée aussi précise que possible de l’organisation des plantes dont il est question, tout en nous restreignant aux seuls détails qui peuvent lui être utiles.
Les Mousses (Musci) sont des végétaux cellulaires, c’est-à-dire qu’il n’entre pas de vaisseaux dans la constitution de leurs tissus. Malgré cette simplicité histologique, ces plantes ont une organisation compliquée ; elles possèdent une tige, des racines, des feuilles et des fleurs auxquelles succèdent des fruits. Voyons quels sont les caractères essentiels de ces divers organes.
La tige des Mousses mesure, en hauteur, depuis 1 millimètre (Phascum) jusqu’à 60 centimètres (Fontinalis) ; son diamètre atteint rarement 1 millimètre ; ce sont donc de toutes petites herbes, en général. Nous verrons que, malgré cette taille minuscule, les Mousses n’en jouent pas moins un rôle important dans la nature. Cette tige est tantôt dressée ou ascendante, tantôt couchée ou rampante, jamais grimpante ni volubile ; elle porte vers sa base, ou sur presque toute sa longueur, des racines adventives (les seules que possèdent les Mousses), sauf dans un petit nombre d’espèces qui paraissent totalement dépourvues de ces organes.

Les Mousses se ramifient de deux façons bien distinctes, qui concourent à leur donner un aspect différent. Chez les unes, l’axe produit une fleur à son extrémité et se trouve par conséquent déterminé ; pour les espèces annuelles, la végétation est ainsi limitée. Mais dans les espèces vivaces, il naît au-dessous de la fleur terminale un ou plusieurs rameaux qui s’allongeront plus ou moins pour se terminer de la même façon ; et chaque année on voit le même phénomène se renouveler. Presque toujours, la partie ancienne de l’axe se détruit pendant le développement des nouvelles branches, et la longueur de la plante demeure ainsi sensiblement constante.
Dans les autres Mousses, l'accroissement de la tige est indéterminé parce que celle-ci ne fleurit jamais à son extrémité. Les fleurs sont alors portées uniquement sur des ramuscules latéraux. Cet allongement indéfini (au moins théoriquement) de l’axe n’empêche point des branches latérales et stériles de se former, et il en résulte une ramification souvent fort compliquée. Là aussi, d’ailleurs, la longueur de la plante est maintenue dans des limites à peu près constantes, pour chaque espèce, par la destruction des parties les plus anciennes.
La tige des Mousses est, comme nous l’avons dit, entièrement formée de cellules, et la solidité nécessaire en est assurée par ce fait que, tandis que les cellules centrales sont ordinairement grandes, munies de parois minces et hyalines, celles de la périphérie prennent de plus petites dimensions et épaississent leur paroi qui devient en même temps plus ou moins colorée en rouge pourpre ou en brun noir.
Les feuilles ne font jamais défaut dans les Mousses. Elles sont toujours alternes et sessiles, s’insèrent par une assez large base sur la tige qui ne présente pas d’épaississement à ce niveau. Leur décurrence est presque toujours sensible, mais varie beaucoup. Souvent plus ou moins espacées, les feuilles peuvent au contraire s'imbriquer étroitement ; dans quelques espèces, elles forment une sorte de rosette vers la base de la tige qui peut être à peu près nue dans le reste de son étendue. Quant à la forme de ces organes, elle est très diverse et ne saurait nous arrêter dans un exposé aussi succinct. Leurs dimensions comportent quelques millimètres carrés seulement ; aussi ne peut-on les étudier utilement sans l’aide des instruments grossissants. On constate alors que les bords des feuilles sont entiers ou denticulés, jamais profondément découpés.

Dessin de feuille de mousse - reproduction © Norbert Pousseur
De gauche à droite :
port d'une Mousse (dicranum) ;
une portion de la feuille très grossie ;
péristome, dont une partie est plus amplkifiée


Les feuilles des Mousses sont quelquefois constituées par un tissu cellulaire assez uniforme, dont les éléments contiennent des grains de chlorophylle plus ou moins abondants. Mais, dans la plupart des espèces, les cellules se modifient suivant la ligne médiane longitudinale, de manière à former une véritable nervure, comprenant une ou plusieurs assises de ces éléments. Cette nervure, qui fournit un bon caractère spécifique, peut être très courte, ou bien atteindre le milieu de la feuille à peu près, ou enfin se prolonger jusqu’au sommet qu’elle dépasse même assez souvent. Il est à remarquer que les feuilles des Mousses sont toujours glabres, seulement ridées ou plissées dans quelques espèces. On ne connaît aucune de ces plantes qui ait les feuilles caduques, dans le sens ordinaire du mot ; mais il n'est pas rare de voir la tige se dénuder à la base, par suite de la décomposition des appendices.

Toute la surface de la feuille qui n’est pas épaissie par la nervure ne comporte d’ordinaire qu’une seule assise de cellules, dont les formes peuvent varier suivant la région examinée. Ces variations se montrent avec une telle constance, que les classificateurs ont pu y trouver des caractères importants. Le parenchyme foliaire n’offre jamais de stomates ni pores d’aucune sorte.
Ce qu’on appelle la fleur, dans les Mousses, n’a pas la même organisation que la fleur des plantes phanérogames, c’est-à-dire qu’on n’y observe jamais de périanthe, d’étamines, ni de pistils proprement dits, mais seulement des organes spéciaux dont la fonction est plus ou moins assimilable à celle de ces parties. Nous allons essayer d’en donner une idée succincte.
Un végétal phanérogame est une plante ayant des organes de reproduction apparents dans le cône ou dans la fleur (->Wikipedia)

Les fleurs des Mousses sont rarement hermaphrodites ; presque toujours unisexuées, elles se montrent mâles et femelles sur le même pied, ou réparties, suivant les sexes, chez des individus différents, ce qui est le cas le plus fréquent. Il y a donc lieu de les examiner sous leur aspect le plus habituel.

Dessin de fleur mâle de mousse - reproduction © Norbert Pousseur
Fleur mâle d'une Mousse
montrant les anthéridies entremêlées de paraphyses

La fleur mâle consiste essentiellement en un certain nombre d’organes entourés de folioles plus ou moins modifiées qui leur forment comme un revêtement protecteur, dont le rôle paraît assez analogue à celui du périanthe dans les fleurs phanérogames. Les folioles dont il est question, ordinairement imbriquées  d’une façon assez serrée, diffèrent plus ou moins des feuilles par leur forme et leurs dimensions ; leur ensemble constitue un véritable involucre, auquel certains auteurs ont donné le nom de périgone.
Les fleurs mâles se distinguent en gemmiformes et en discoïdes, suivant que les folioles de l’involucre, fortement concaves et dressées, se rapprochent de manière à simuler un petit bourgeon, ou bien que divergentes et arquées en dehors, elles s’étalent plus ou moins pour former une sorte de rosace qui tranche le plus souvent par sa teinte brune ou rougeâtre sur la coloration verte de la plante. Hâtons-nous d’ailleurs d’ajouter qu’il n’y a point à cet égard de démarcations bien tranchées, et que les deux formes d’involucres se relient souvent, d’une espèce à l’autre, par des transitions insensiblement ménagées.
Les organes essentiels de la fleur mâle des Mousses ont reçu le nom d'anthéridies, par comparaison de leur fonction avec celle de l’anthère des plantes supérieures. Ce sont des sortes de petits bâtonnets cylindriques ou claviformes, formés de grandes cellules à parois hyalines, d’abord jaunâtres, et passant peu à peu au rouge. Leur nombre dans la fleur est très variable (de deux ou trois à plus de cent cinquante) selon les genres considérés, et comme il n’est même pas constant dans toutes les fleurs de la même espèce, on n’en saurait tirer aucun caractère de valeur.

Quand on suit le développement des anthéridies (ce qui ne peut se faire, ainsi que toute l’étude de ces plantes, qu’avec un grossissement d’au moins trois cents diamètres), on voit que les cellules centrales du bâtonnet se dissocient à un certain moment, par une suite de phénomènes dont le détail nous entraînerait trop loin, et l’organe tout entier se trouve transformé en une sorte de tube creux dont le contenu va être expulsé au dehors. Sous l’action de l’humidité, en effet, l’anthéridie s’ouvre à son sommet par la chute d’une sorte d’opercule, et l’on en peut voir sortir, sous la forme d’un jet mucilagineux, une multitude de petites cellules sphériques. Celles-ci contiennent un plasma d’abord homogène, mais dans lequel on voit bientôt se différencier des granulations animées d’un mouvement de trépidation très vif, en même temps qu’une sorte de filament spiralé, renflé en son milieu, et portant vers l’une de ses extrémités amincie deux cils vibratiles extrêmement déliés. À l’aide de ces cils, le corpuscule se meut dans l’intérieur de la cellule, et les granulations qui l’avoisinaient ne tardent pas à se fixer à sa surface qu’elles n’abandonneront plus désormais. Bientôt la membrane de la cellule mère se rompt et le filament se meut dans l’eau environnante d’un mouvement hélicoïdal continu qui le fait progresser avec une vitesse plus ou moins grande.
Le corpuscule mobile dont il est question joue évidemment le rôle d’organe mâle dans la fécondation des Mousses, et son arrivée au contact de l’organe femelle est indispensable pour que la formation du fruit puisse s’accomplir. On lui donne le nom d'anthérozoïde, qui rappelle à la fois sa fonction sexuelle et sa motilité.
Dans la plupart des Mousses, les anthéridies sont entremêlées de filaments cellulaires plus ténus, que l’on peut sans doute considérer comme des anthéridies stériles, et qu’on nomme paraphyses. Ils ne montrent point les transformations dont nous avons parlé ; leur rôle est d’ailleurs assez hypothétique.
La fleur femelle des Mousses présente, comme la fleur mâle, des organes essentiels et des parties accessoires. Ces dernières consistent en un nombre variable de folioles plus ou moins modifiées, formant aux organes sexuels un revêtement protecteur. C’est donc encore une sorte d'involucre comparable à celui de la fleur mâle. Cet involucre est assez variable dans sa composition et son aspect pour que nous ne croyions pas utile d’entrer ici dans des détails très circonstanciés. Disons seulement que la fleur femelle des Mousses se rapproche le plus ordinairement du type gemmiforme.

Dessin de fleur femelle de mousse - reproduction © Norbert Pousseur
Fleur femelle d'une Mousse.
Un des archégones a été fécondé et commence à s'accroître.


Les organes femelles ont reçu le nom d’archégones ; ils sont ordinairement accompagnés par des filaments stériles, analogues à ceux que nous avons indiqués dans la fleur mâle, et qui portent la même dénomination. Ces archégones sont, comme les anthéridies, variables dans leur nombre, sans que ce nombre puisse, non plus, fournir un caractère spécifique important. Certaines fleurs n’en possèdent que deux ou trois ; d’autres en montrent plus de soixante.
L’archégone est un petit corps celluleux, renflé à sa base et terminé par une partie mince et allongée, ce qui lui donne l’apparence d’une petite bouteille. Les cellules dont il est formé sont molles et délicates.
La partie renflée de l’organe renferme, selon les uns, une cellule centrale tout d’abord  dissemblable des cellules environnantes ; selon les autres, sa cavité ne contiendrait qu’une petite masse protoplasmique, sphéroïdale, dépourvue d’enveloppe propre. Quoi qu’il en soit, le corpuscule central est un œuf véritable, une oosphère, comme on l’a nommé, et son évolution ne sera complète que s’il a été mis en rapport avec un anthérozoïde au moins. À cet effet, on voit les cellules centrales du col de l’archégone (cellules du canal) se transformer, à un moment donné, en une sorte de mucilage nuageux qui fait plus ou moins saillie au-dessus du goulot entr’ouvert par l’écartement des cellules qui le bordent. Si un anthérozoïde (ou bien plusieurs) amené par le mouvement de translation dont nous avons parlé, rencontre cette masse mucilagineuse, il y pénètre incontinent, parcourt le canal tout entier, et arrive enfin au contact de l’oosphère dans laquelle il semble se dissoudre, car il disparaît définitivement. À partir de ce moment la fécondation est effectuée et des changements vont s’opérer dans l’archégone qui n’auraient pas lieu sans l’intervention des organes mâles. Le phénomène ne se produit d’ordinaire efficacement que pour un seul archégone, et tous les autres devenus inutiles se flétrissent rapidement. Leur nombre, ordinairement assez considérable, ne semble avoir d’autre effet que d’augmenter les chances de rencontre des éléments sexués.

Après la fécondation, l’archégone continue à grandir pendant un certain temps, et l’oosphère se segmente de manière à produire un fruit. Celui-ci s’accroît d’abord en tous sens, mais surtout suivant son axe vertical. Par sa base, il se fixe au réceptacle de la fleur ; plus haut, il se transforme peu à peu en une masse celluleuse où se dessineront des parties bien distinctes. Les cellules qui composent le jeune fruit (capsule, urne, etc.) se montrent différentes suivant la région examinée. Les plus extérieures ne tardent pas à épaissir leurs parois et constituent bientôt une enveloppe plus ou moins dure et coriace. Celles du centre forment presque toujours une sorte de pilier médian qui parcourt le fruit dans sa hauteur et qu’on appelle la columelle. Quant au tissu intermédiaire à celle-ci et à l’enveloppe externe, il comprend des cellules qui deviendront, en se séparant, autant de corpuscules reproducteurs (spores) enfermés dans un sac annulaire à parois minces (sporange).

 

Urne de mousse et coiffe - reproduction © Norbert Pousseur
De gauche à doite :
Urne de Mousse (Anœclangium) portant encore sa coiffe.
La même ouverte. Le péristone est nul.
Un rameau fructifère

 

La capsule, s’accroissant plus vite que l’archégone  où elle a pris naissance, ne tarde pas à en déterminer la rupture transversale, et se trouve alors encapuchonnée par lui. C’est là l’origine de ce que les descripteurs nomment la coiffe, organe qui grandit plus ou moins, change plus ou moins d’aspect avec l’âge, et sert à protéger le fruit pendant son évolution. Dans quelques Mousses, la capsule demeure sessile ou à peu près sur le réceptacle floral, mais le plus souvent elle se trouve soulevée par un support grêle, nommé soie ou pédicelle, qui peut atteindre plusieurs centimètres de longueur. Presque toujours aussi, le réceptacle floral s’hypertrophie en une sorte de manchon cylindrique autour de la base du pédicelle; c’est ce qu’on a appelé la gaine ou vaginule qui montre longtemps à sa sur face les restes des archégones stériles et des paraphyses.
Il va sans dire que la capsule et les autres parties offrent de nombreuses particularités dans le volume la forme, la couleur, etc., tous caractères dont on tire un bon parti pour la distinction des genres et des espèces, mais que nous ne pouvons qu’indiquer sommairement.
La capsule contient, avons-nous dit, des spores. Ce sont des corpuscules qui, en germant, donneront de nouveaux individus. Pour que cette germination ait lieu, il faut que les spores sortent de leur enveloppe, et le phénomène de la déhiscence de la capsule est un des plus importants de son évolution. C’est aussi un des plus faciles à observer, aussi a-t-on justement songé à lui emprunter les caractères systématiques les plus utiles.

 

Coiffes de mousses - reproduction © Norbert Pousseur
Coiffes diverses de mousses

Il est exceptionnel de voir les parois de la capsule se rompre irrégulièrement au moment de la maturité ; c’est ce qui arrive dans les Mousses dites, pour cette raison, Cléistocarpes. Chez quelques autres, la capsule s’ouvre par des fentes longitudinales régulièrement espacées, qui n’atteignent ni le sommet ni la base de l’organe, et qui déterminent la formation d’autant de petites boutonnières, lesquelles, en s’entr’ouvrant, laissent échapper les spores.

Dans la très grande majorité des plantes qui nous occupent, la déhiscence s’opère par une fente circulaire, transversale, qui sépare le sommet de la capsule du reste de l’organe. De là, formation d’une sorte de petit couvercle qui se détache spontanément et tombe bientôt. On le nomme opercule, et les Mousses qui en sont pourvues s’appellent Stégocarpes. Cet opercule fournit aussi, par sa forme, sa couleur, etc., des caractères taxinomiques. Mais le plus important, sans contredit, de ces caractères est emprunté à l’aspect que présente le bord de la capsule après la chute de l’opercule.

Péristome de Bryum intermedium - reproduction © Norbert Pousseur
Portion du péristome d'une mousse (Bryum intermedium).

Ce bord est quelquefois lisse, nu, comme dit le langage descriptif ; mais le plus souvent il présente sur son contour intérieur une ou deux rangées d’appendices minces et plus ou moins subulés, formés de cellules, et qu’on appelle dents. Leur ensemble prend le nom de péristome. Quand il n’existe qu’un seul cercle d’appendices, le péristome est simple ; il est double quand on voit deux cercles concentriques. II y a donc lieu, dans ce cas, de distinguer le péristome interne et le péristome externe. Le nombre de dents est constant dans chaque espèce, et c’est une des raisons qui font la valeur caractéristique de ces organes. On compte depuis quatre jusqu’à soixante-quatre dents au péristome, et il est fort à remarquer que les nombres intermédiaires que l’on peut observer sont toujours des multiples de quatre (8, 16, 32...).
Indépendamment de leur nombre, les appendices du péristome offrent de nombreuses particularités de structure, de forme, de grandeur, pour lesquelles nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux ouvrages spéciaux.

Les spores, en devenant libres par la déhiscence de la capsule, se montrent à l'œil nu sous l’apparence d’une fine poussière brune ou verdâtre. Examinées à un grossissement suffisant, elles représentent chacune une cellule à double enveloppe, arrondie ou légèrement polyédrique, à surface lisse ou papilleuse. Des gouttelettes huileuses et des granules amylacés se remarquent souvent dans le protoplasma qu’elles contiennent. D’autant plus nombreuses que la capsule est mieux développée, leur volume est inversement proportionnel à leur nombre. On les voit assez rarement atteindre 0mm,20 ; mais le plus communément leur diamètre oscille entre 1/50e et 1/100e de millimètre.
Quand la spore rencontre des conditions d’humidité et de température convenables, elle germe. Ce phénomène consiste essentiellement en ceci : la spore se gonfle d’abord parce qu’elle absorbe de l’eau. Tôt ou tard la membrane externe, plus épaisse, se rompt et l’on voit la membrane interne venir faire saillie sous la forme d’un mince tube cylindrique, qui s’allonge rapidement. Celui-ci se divise bientôt en deux compartiments par formation d’une cloison transversale. La cellule terminale ainsi isolée, continue à s’allonger, et se cloisonne elle-même par un processus identique. En même temps, des rameaux latéraux naissent au niveau des cloisons, et se comportent comme le filament primitif ; d’où résulte, dans un temps assez court, une sorte de feutre plus ou moins serré, formé de tubes cellulaires cloisonnés et ramifiés ; on le nomme prothalle. L’aspect en est rendu vert par la présence de nombreux corpuscules chlorophylliens. C’est sur ces filaments qu’apparaissent ensuite de petits bourgeons qui, par leur développement, reproduiront la plante mère.
Tel est le mode de reproduction des Mousses que l’on peut appeler essentiel. Il est important de remarquer que dans la nature, il cède souvent le pas, comme importance, à des procédés accessoires de multiplication. Les fleurs étant, comme nous l’avons dit, presque toujours unisexuées, et même dioïques, l’arrivée des anthérozoïdes au contact des archégones nécessite un ensemble de circonstances dont la réalisation est assez aléatoire, ce qui explique, pourquoi bon nombre d’espèces ne fructifient que rarement. On ne veut point que ce soient les moins répandues et les moins aptes à couvrir de grands espaces. C’est alors qu’on a affaire aux modes accessoires de multiplication. Nous ne pouvons qu’indiquer sommairement en quoi ils consistent.
Tantôt les rameaux latéraux de la tige produisent des racines adventives qui leur permettent bientôt de vivre d’une vie indépendante, et ils se séparent du pied mère ; c’est, comme on voit, d’une sorte de marcottage naturel qu’il s'agit ici. Tantôt ce sont des bourgeons adventifs qui se forment en grand nombre sur les racines et ne tardent pas à s’affranchir. Ces mêmes racines, sortant de terre par leur extrémité, produisent quelquefois une sorte de feutrage analogue au prothalle issu des spores, et qui se comporte de même. C’est ce qu’on nomme prothalle radiculaire. Il n’est pas jusqu’aux feuilles elles-mêmes qui ne soient capables de former à leur surface des corpuscules d’aspects divers, et capables de produire au contact de l’humidité des filaments prothalliens.

Malgré leur apparente uniformité, les Mousses se montrent très variées quand on entreprend leur étude détaillée. Elles ont été l’objet de travaux fort importants au point de vue biologique comme sous le rapport de la classification. Les ouvrages les plus récents en décrivent plus de mille espèces réparties entre un grand nombre de familles et de genres. Les deux tiers environ croissent en Europe. Les Mousses occupent dans la nature les stations les plus diverses. Les unes, assez rares, vivent submergées dans les eaux douces ; les autres, et c’est le plus grand nombre, sont des plantes aériennes. On les observe sur la terre, sur les vieux murs, sur les rochers les plus durs, sur l’écorce des arbres, sur les tuiles et les ardoises de nos toitures, etc. Quelques-unes croissent clairsemées, et, pour ainsi dire, par pieds isolés ; bien plus ordinairement, elles sont groupées en grand nombre et peuvent former des tapis très étendus et serrés. On les observe depuis le niveau de la mer, jusque sur les montagnes les plus élevées ; depuis les régions les plus froides, jusqu’à l’équateur. Il en est qui recherchent l’ombre et l’humidité ; d’autres vivent en plein soleil.
L’époque de la floraison et de la fructification est variable suivant les espèces, et aussi suivant les conditions climatériques. On remarque en effet des écarts considérables entre les individus de la même espèce qui vivent en plaine et ceux qui croissent sur les montagnes. C’est depuis le premier printemps jusqu'à  la fin de juin qu’on voit la plupart des Mousses mûrir leur fruit, dans les pays bas. Certaines d’entre elles montrent leurs capsules en automne ; un petit nombre achèvent de mûrir au cœur de l’hiver. Les fortes gelées semblent surprendre tout à fait la végétation des Mousses ; mais elle reprend pour peu que la température s’élève au-dessus du zéro du thermomètre. Quant à l’influence que la nature du sol considérée tant au point de vue chimique et minéralogique qu’au point de vue physique, peut exercer sur les plantes en question, elle paraît assez peu marquée, et les circonstances météorologiques semblent jouer un rôle plus décisif.

Aucune Mousse n’est mangée par les bestiaux ; ces plantes n’ont donc aucune importance dans le régime alimentaire de nos animaux domestiques. Cela ne veut pas dire qu’elles soient dépourvues de tout intérêt pratique.
Quelques espèces envahissent le sol dans les prairies ou les pelouses d’ornement ; mais il est rare qu’elles y causent de grands dommages. Les Mousses, en effet, végètent surtout pendant la saison froide, à un moment où les autres plantes sont au repos, et, lorsque celles-ci reprennent leur vigueur, elles ne tardent pas à étouffer les parasites. La destruction des Mousses est d’ailleurs assez facile, quand on doit opérer sur des espaces modérément étendus, ces plantes étant sensibles à l’action de plusieurs substances faciles à se procurer. C’est ainsi que les cendres, le plâtre, le sulfate de fer (en solution étendue), les acides sulfurique et chlorhydrique (très dilués) amènent rapidement leur destruction.
Le Polytrich commun (Polytrichum commune L.) et d’autres espèces du même genre, très répandues dans nos bois, étaient jadis usitées en médecine comme diurétiques et sudorifiques, sous le nom vulgaire de Capillaire doré. Elles sont aujourd’hui complètement abandonnées.
Dans les pays de montagne, on utilise plusieurs sortes de Mousses pour la confection de paillasses et de coussins. On a également proposé de s’en servir, comme litière, dans les étables ; mais c’est une pratique peu avantageuse, parce que ces plantes se décomposent trop lentement. Leur imputrescibilité relative et la facilité avec laquelle elles absorbent et retiennent l’eau, les rendent, au contraire, fort utiles dans certaines constructions. C’est ainsi qu’on les emploie pour remplir les interstices des pierres dans l’installation des canaux souterrains destinés à conduire l’eau et qu’on bâtit sans mortier. Accumulées en quantité suffisante et convenablement comprimées, elles servent à assurer l’étanchéité des puits de mine dans quelques contrées.
Plusieurs espèces (de la famille des Hypnacées notamment) remplacent le crin, l’étoupe ou la laine, dans la confection des portes rembourrées et des calfeutrages de toute Sorte qui doivent empêcher les courants d’air froid de pénétrer dans l’intérieur des habitations. Les pédicelles du Polytrich commun servent aux tisserands à fabriquer des sortes de brosses ou de pinceaux au moyen desquels ils apprêtent avec de l’empois les fils destinés au tissage des toiles.

Les Mousses rendent de grands services à l’horticulture, soit pour abriter les semis ou les plantes délicates, soit pour emballer les végétaux qui doivent voyager à l’état frais. Plusieurs espèces du genre Hypnum répondent bien à ces besoins. Installés vivants au pied des arbres ou sur le sol, les tapis de Mousses sont d’un bel effet. On récolte en grand quelques espèces du même genre pour garnir les jardinières d’appartement, et c’est là l’objet d’une industrie assez importante. Pour cet usage, en effet, les Mousses doivent être soigneusement choisies et débarrassées de tout corps étranger. Elles sont souvent employées à l’état naturel ; souvent aussi on les teint en vert, pour prolonger leur durée. Mises en bottes après leur préparation, elles sont expédiées dans toutes les grandes villes, où elles sont surtout utilisées.
Le rôle des Mousses dans l’économie générale de la nature est très considérable. Leurs spores étant capables de germer sur les surfaces les plus diverses, pourvu qu'il y ait quelque humidité, et les plantes végétant d'une manière presque ininterrompue, on ne tarde pas à voir les roches les plus dures se couvrir d’un tapis de Mousses plus ou moins épais. Une fois installées, celles-ci continuent à vivre tout en formant un véritable terreau par la lente décomposition de leurs parties mortes. Elles jouent donc (avec les Lichens) un rôle de premier ordre dans la première formation de la terre végétale sur laquelle viendront ensuite germer les graines de plantes phanérogames apportées par le vent ou par tout autre mode de dissémination. C’est ainsi que les places les plus arides se couvrent peu à peu d’une végétation qui semblait improbable.
Les Mousses contribuent pour une part à la formation de la tourbe, et bien que les Sphaignes jouent en ceci le rôle le plus important, on ne saurait négliger de signaler celui de presque toutes les espèces aquatiques du groupe qui nous occupe en ce moment.

Les Mousses et l'eau de pluie.Une expérience très simple permet de se faire une idée de l’importance de la fonction que remplissent les Mousses vis-à-vis des eaux atmosphériques, en vertu de la facilité avec laquelle elles absorbent le liquide et peuvent ensuite le restituer sous forme de vapeur. Si l’on prend un poids déterminé d’une de ces espèces qui forment dans nos bois d’épais gazons (Hypnum cupressiforme, H. pururn, Dicranum scoparium, etc.), en ayant soin de les récolter par un temps humide, on constate qu’un kilogramme, par exemple, de plantes fraîches perd, par simple évaporation à l’air du laboratoire, plus de 600 grammes en vingt-quatre heures ; au bout de quelques jours, le poids de la Mousse sera tombé au-dessous de 200 grammes. Les plantes alors sont mortes, mais il suffit de les plonger dans l’eau pour les voir absorber du liquide au point de reprendre en quelques heures un poids égal et même supérieur à celui qu’elles avaient au début de l’expérience.
D’un autre côté, les observations faites par différents auteurs, montrent que le poids des Mousses fraîches couvrant, dans les bois de nos montagnes, une surface d’un mètre carré, doit être évalué en moyenne à 6 kilogrammes. Ces 6 kilogrammes peuvent, après plusieurs jours de sécheresse et de chaleur, se trouver réduits au poids de 1200 grammes environ, ayant ainsi cédé à l’atmosphère près de 5 kilogrammes de vapeur d’eau. Si l’on admet, ce qui est à peu près exact, que les Mousses couvrent la moitié du sol de beaucoup de forêts, si l’on songe en outre que les arbres (surtout les Sapins) sont, autant que le sol, chargés de ces petites plantes, un calcul très simple montre que la quantité d’eau retenue par les Mousses à la suite d’une pluie d’orage précédée de quelques jours de sécheresse, n’est pas inférieure à 50 mètres cubes par hectare boisé.

Cet aperçu sommaire suffit pour montrer l’importance des Mousses dans la nature comme modérateurs de l’écoulement des eaux pluviales, phénomène d’une valeur inappréciable surtout dans les pays montagneux. Des masses énormes de liquide sont ainsi retenues, qui, sans cela, glisseraient rapidement sur les pentes nues et fortement inclinées, et pourraient aller inonder les régions inférieures. Les Mousses favorisent donc la végétation forestière en maintenant l’humidité du sol et en produisant de l’humus. Elles régularisent en outre l’état hygrométrique de l’air en lui restituant peu à peu l’eau qu’elles ont emmagasinée au moment des pluies ou des brouillards. On voit, sans qu’il soit besoin d’insister davantage, comment l’existence de ces plantes se rattache d’une façon toute directe à la grande question du reboisement. On donne souvent, dans le langage vulgaire et commercial, le nom générique de Mousse à des végétaux tout différents de ceux dont il vient d’être question. Nous rappellerons, comme exemple, la Mousse de Corse, qui est un mélange d’Algues marines dont on fait un assez grand usage comme anthelminthique. La Mousse perlée ou Mousse d'Islande est également une Algue marine qui sert à préparer des tisanes et des gelées adoucissantes et pectorales. E.M.

 

Description extraite du Dictionnaire pittoresque d'Histoire naturelle,
sous la direction de Félix Édouard Guérin, édité en 1838

MOUSSE, (bot. crypt.) On donne vulgairement, le nom de Mousse à toutes les petites plantes dont nous traiterons à l’article Mousses, mais l’on connaît plus particulièrement sous celle dénomination spéciale l’Hypnum abietinum de Linné, dont on se sert à Paris pour garnir les paniers dans lesquels les marchands de comestibles conservent les fruits, pour servir les pommes sur les tables, ou pour les arranger dans les étalages des restaurateurs, etc. 

.../... longue description moins précise et plus confuse, que celle pubilée ci-dessus.
Par contre, reste la classification ci-dessous, non explicitée dans l'article précédent.

 

Parmi les  classifications adoptées pour faciliter l’étude des Mousses, nous passerons sous silence celle de Linné, qui distinguait sept genres parmi ces végétaux, et qui avait fondé ces genres plutôt sur le port et sur la position des capsules que sur les véritables caractères de l’organisation. Nous en ferons autant de celle de Hooker, établie cependant sur des bases plus heureuses, puisqu’il employa les caractères fournis par la forme de la coiffe et par la position latérale ou terminale de l’urne. Nous rapporterons textuellement celle de Greville et Arnott, insérée dans les Mémoires de la Société d’hist. naturelle de Paris, tome II.
Les genres de la famille des Mousses établis par les deux savants  botanistes que nous venons de citer sont les suivants :

Sphagnoïdées.
Andrœa, Ehrh. ; Sphagnum, Hedwig.
Phascoïdées.
Phascum, Schreb. (Phascum et Pleuridium, Brid.); Bruchia, Schw.; Voitia, Hornsch.
Gymnostomoïdées.
Gymnostomum, Hook. (Gymnostomum, Glyphocarpa, et Anyctangii, Spec. Schw. ); Schistotega, Web. et Mohr (Drepanophyllum? Hook.); Anyctangium, Hook. (Schistidium, Brid.); Hedwigia, Hook.
Buxbagmoïdées.
Diphyscium, Mohr; Buxbaumia, Haller.
Splachnoïdées.
Splachnam, Grev. et Arn. (Splachnum et Aplodon, R. Brown); Dissodon, Grev. et Arn. (Cyrtodon, Brown; Systilium, Hornsch.); Tayloria, Hook. (Hookeria, Schw.).
Orthotrichoïdées.
Tetraphis, Hedw. (Tetraphis et Tetradontium, Schw.); Octoblepharon, Hedw.; Orthodon, Bory ; Calymperes, Hook. (Calympere et Syrrhopodon, Schw.); Zygodon, Hook. (Gymnocephalus et Codonoblepharum, Schw.; Amphidium, Nées; Gagea, Raddi) ; Orthotrichum, Hook et Grev.
(Orthotrichum, Macromitrion, Schlotheimia, Schw. et Brid.; Ulota, Brid.).
Grimmoïdées.
Glyphomitrion, Hook. et Grev. ; Grimmia, Hook. (Grimmia et Camphylopus, Brid.) ; Trichostomum, Hook. (Trichostomum, Racomitrion et Camphylopi spec., Brid.); Cinclidotus, Beauv. (Racomitrion, Brid.). Eucalypta, Schw.
Dicranoïdées.
Weissia, Hedw. (Weissia et Entosthodon, Schw.; Weissia et Coscinodon, Brid.); Trematodon, Brid.; Dicranum, Schw. (Dicranum et Fissidens, Hedw.); Thesanomitrion, Schw.; Didymodon, Hook. (Cynodontium, Schw.; Didymodon et Desmatodon, Brid.); Tortula, Hook. (Tortula et Barbula, Schw.; Syntrichia, Brid.).
Bryoïdées.
Conostomum, Swartz; Bartromia, Hedw.; Funaria, Hedw.; Leptostomum, R. Brown (Gymnostomi spec., Hook); Ptychostomum, Hornsch. ; Brachymemium, Hook.; Bryum, Hook. (Bryum, Mium, Meesia, Arrhenopterum, Leplotheca, Webera, Gymnocephalus et Pollia, Schw.) ; Cynclidium, Swartz ; Timmia, Hedw.
Hypnoïdées.
Fabronia, Raddi; Pterogonium, Schw. (Pterogonium et Lasia, Brid.); Schlerodontium, Schw.; Leucodon, Schw.; Macrodon, Arnott; Dicnemum, Schw.; Astrodontium, Schw.; Neckera, Hook.; Anomodon, Hook.; Anacamptodon, Brid.; Daltonia, Hook. (Polytrichum et Criphœa, Brid.); Spirideus, Nées; Hookeria, Smith (Chœtophora, Racopilum et Pterigophyllum, Brid.); Hypnum, Hook. (Hypnum, Leskea et Climatium, Schw.); Fontinalis, Hedw.
Polytrichoïdées.
Lyellia, Brown; Polytrichum, Hedw. (Polytrichum et Catharinea, Brid.); Dawsonia, Brown.

.../...

Les Mousses sont des plantes parmi lesquelles la médecine trouve des pectoraux, des purgatifs, des vermifuges et des sudorifiques ; l'agriculteur des moyens d’engrais ; l’industriel de quoi remplacer la laine des matelas et le crin des sommiers ; l’emballeur des coussins capables de remplacer la paille et le foin qu’il emploie ordinairement pour s’opposer au bris des objets fragiles dans les voyages ou les transports plus ou moins longs.

 

 

 

 

 

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