Accueil Présentation Collections 900 photos Photos hebdo Lieux Personnages

 

Mini-série photographique

Crapauds des bois, crapauds de pierre

 

Crapaud contre un tronc - © Norbert Pousseur

Crapaud aux yeux d'or, blotti contre un tronc d'arbre,
dans une forêt de montagne.

Vallorcine - 1995 - Neg 6x6 - n120a95p032v02 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine


Série précédente :
Vers en murs
Autres photos ci-dessous
Vers la présentation des photographies hebdomadaires
Autres photos en bas Série suivante :
Souvenir de Simone Veil, ministre de la santé


 

J'ai consacré précédemment une page autour d'un jeune crapaud, complétée avec différents textes descriptifs sur cet animal, publiés dans les années 1600 et 1800.

Ayant eu l'occasion d'acquérir un texte de 1786 sur les crapauds découverts vivants alors qu'ils auraient été enfermés depuis de nombreuses années dans des murs, pierres ou arbres, je vous le propose ci-dessous, (il est un peu long...) en l'illustrant de quels vues de crapaud dans différents milieux.

La mécanisation systématique du travail manuel de coupe ou de taille des arbres et des pierres font que de nos jours, des faits semblables, s'ils advenaient, passeraient inaperçus.
Reste à tester l'hypothèse du sieur Guettard, comme il le propose en fin de son exposé : enfermer dans du plâtre des crapauds et ouvrir régulièrement leur gangue, les uns après les autres, pour vérifier s'ils vivent toujours.


Photos en mini-série de l'année 2017

Présentation générale
Parcourir les sujets récents

 

 

 

 


Crapaud en terre cuite - © Norbert Pousseur

Crapaud souriant, dans un massif décoratif à l'entrée d'une maison.


Argovie - Suisse - 2017 - Num 21mpx - 5d2_5549 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Crapaud en forêt - © Norbert Pousseur

Immobile, gris, assis sur ces grandes cuisses,
un crapaud tranquille dans son sous-bois alpin.

 

Vallorcine - 1995 - Neg 6x6 - n120a95p032v01 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Crapaud sur sol sec - © Norbert Pousseur

Crapaud indifférent à son environnement méditerranéen, très sec.

Sausset les Pins - 1974 - dia 6x6 - d120faune06v09a74 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Crapaud dessèché - © Norbert Pousseur

Cadavre desséché d'un crapaud, en plein été,
sur une route pierreuse de montagne.

Les Contamines-Montjoie - 1984 - dia 6x6 - d120faune06v11a84 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Cadavre de crapaud - © Norbert Pousseur

Crapauds qui n'ont pas su résister à la sécheresse d'un été.

Île de France - 2001 - Num 3mpx - dscn1654 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 


Crapaud de fontaine - © Norbert Pousseur

Fontaine allemande ornée d'une tête de crapaud (ou de grenouille ?).
Eau qui coulait par cette tête d'animal symbolique des lieux humides.
Mais peut-être s'agit-il d'une tête de petit dragon...

Cologne - 2007 - Num 10mpx - 400da_3266 - Photographie Norbert Pousseur Cette photo, ici réduite, est prête pour le transfert à sa taille d'origine

 

Présentation générale
Parcourir les sujets récents

 

Sur les Crapauds trouvés vivants au milieu de corps solides Quinzième Mémoire tiré des
'Nouvelles collections de mémoires sur différentes parties intéressantes des Sciences et Arts'
de Jean-Étienne Guettard, édition de 1786.

Il y a des faits qui sont d’un genre si extraordinaire, que toutes les fois qu’ils se répètent, ceux qui les racontent, trouvent toujours dans l’esprit de leurs auditeurs une opposition à les croire qu’on ne peut vaincre. D’autres plus faciles à persuader, n’y peuvent refuser leur admiration, et les Physiciens se livrent à des conjectures souvent hasardeuses pour expliquer ces faits. Celui dont il s’agit a déjà produit ces différents mouvements.

Quiconque a appris dans Paris qu’on avait trouvé au Château du Airain, appartenant à Son Altesse Sérénissime Monseigneur Le Duc d’Orléans, un crapaud tellement enfermé dans un massif de plâtre, qu’il n’avait aucune communication avec l’air extérieur, et que malgré cet état de solitude et d’obscurité, il y avait probablement vécu quarante ou cinquante ans ; quiconque, dis-je, a appris ce fait, a tenu à honneur de rester dans une incrédulité obstinée, ou bien il a cru et a admiré, ou il a raisonné sans trop savoir comment donner une explication satisfaisante.
J’ai vu de ces trois sortes de personnes. Les unes ont nié le fait, sans daigner même voir l’animal ; d’autres ont fournis leur doute après l’avoir vu ; les Physiciens sont resté dans l’impossibilité de pouvoir donner une explication qui put satisfaire à toutes les objections.
Pour faire revenir les premiers de leur doute, s’il est possible, confirmer les seconds dans leur croyance, et exciter les troisièmes à chercher un moyen d’expliquer clairement les difficultés qu’on peut faire à ce sujet, j’ai cru devoir réunir dans un Mémoire ce qui avait été observé et dit sur de pareils faits.

L’antiquité ne nous a rien appris sur de semblables animaux. Martial parle dans ses épigrammes d’insectes de reptiles naturellement enfermés dans de l’ambre jaune ; mais ces animaux n’y vivaient pas. Une fourmi, dit-il, pour laquelle nous n’avons que du mépris, est devenue précieuse par sa mort. Il veut dans une autre épigramme qu’il soit croyable qu’une abeille qui avait été, de même que la fourmi, prise dans de l’ambre, ait voulu ainsi mourir, et que cette mort a été pour elle une récompense de ses grands travaux. Les cendres de Cléopâtre, selon lui, ne doivent pas s’enorgueillir du magnifique mausolée où elles sont déposées, puisqu’une vipère est renfermée dans un plus noble que le sien.
Ces insectes et ce reptile étaient donc morts ainsi embaumés. Les Modernes n’en ont également vu qu’en cet état dans le même fossile, et non-seulement ils y ont vu de ceux-ci ; mais encore quantité d’autres, et entr’autres des grenouilles, et je crois des crapauds. Plusieurs Modernes ont, outre cela, parlé de serpents, et surtout de crapauds qui vivaient ainsi en solitude dans quelques autres corps, comme dans des arbres et des pierres. Chacun de ces Modernes ne nous a cependant pas fait connaître un nouveau fait : la plupart ne parlent que d’après ceux, qui ont rapporté ces faits, qu’ils avaient vus ou appris de quelque observateur ou de quelque ouvrier ; d’autres se sont amplement contentés de recueillir ces faits ; des troisièmes ont cherché à expliquer comment il pouvait se faire que des animaux puissent vivre ainsi séquestrés. Les premiers sont en quelque sorte les plus intéressants ; les seconds sont utiles en ce qu’ils rapprochent les troisièmes, donnent des conjectures, et expliquent souvent ces faits singuliers d’une façon à nous faire tomber dans l’erreur, bien loin de nous éclairer. Je rapporterai d’abord ce que les premiers nous ont laissé sur cette matière, je ferai connaître les seconds et ce qu’on leur doit, enfin des opinions des troisièmes.

Fulgose (Battista Fregoso 1450-1505) est le premier que je connaisse qui ait parlé d’un crapaud trouvé vivant renfermé dans l’intérieur d’une pierre. Cet Auteur, qui vivait il y a plus de 250 ans, dit dans son ouvrage sur les faits et les dires mémorables qu’on, trouva au milieu d’une pierre un gros crapaud. Cette découverte se fit à Autun ; elle fut connue de plusieurs personnes.
Il ne paraît pas que Fulgose ait vu l’animal, et ce n’est, à ce qu’il semble, que sur le rapport public qu’il cite ce fait, mais l’observation suivante est d’autant plus importante ; qu’elle est due à un auteur qui était présent lorsqu’on découvrit un semblable animal ainsi renfermé, cet auteur est le célèbre Paré. On lit dans ses œuvres imprimés en 1579, « Étant en une ancienne vigne, ce sont ses termes, près le village de Meudon, où je faisais rompre de bien grandes et grosses pierres solides, on trouva au milieu de l’une d’icelles, un gros crapaud vif, et n’y avait aucune apparence d’ouverture, et je m’émerveillais comme cet animal avait pu naître, croître, et avoir  vie. Lors le Carrier me dit qu’il ne s’en fallait émerveiller, parce que plusieurs fois il avait trouvé de tels et autres animaux au profond des pierres, sans apparence d’aucune ouverture ».
Cette observation est, comme l’on voit, des plus importantes pour la matière dont il s’agit. Paré était un très bon Observateur, célèbre Chirurgien et accoutumé à bien voir. Il est vrai qu’il se sentait de l’esprit qui régnait de son temps. Il aimait le merveilleux, à en juger par son traité des Monstres, où il semble croire les faits les plus incroyables, et démontrés faux maintenant. Mais Paré paraît avoir examiné avec soin celui dont il s'agit, et cette découverte lui est due. Elle lui est du moins attribuée à la table des matières de ses œuvres.
Un autre auteur, qui ne mérite pas moins de croyance, est le fameux Minéralogiste Agricola. Il semble cependant ne rapporter les faits dont il parle, que sur ce qu’il en avait appris des Mineurs Allemands. C’est dans son ouvrage  posthume, intitulé des Animaux souterrains, imprimé en 1614 par les soins de Jean Sigfrid, qu’on lit ce que cet auteur a dit à ce sujet. « La grenouille vénéneuse, dit-il, appelée par les Mineurs de son pays Fervitrote, à cause de la vertu vénéneuse, du genre des poissons chauds, vit continuellement dans les pierres ; où elle est comme cachée et ensevelie. Elle naît profondément en terre. Elle se trouve tantôt dans les filons, dans les veines métalliques, dans les commissures des pierres : tantôt dans des pierres si solides, qu’on n’y aperçoit aucune ouvertures apparentes lorsqu’on les fend avec des coins, de la même façon qu’on en a certainement rencontré à Sueberg et à Mansfeld ». Cette grenouille vénéneuse fossile, comme Agricola l’appelle à la première table de son ouvrage, s’enfle dès qu’elle prend l’air, et meurt peu de temps après.
Il semble par ce récit, que c’est un fait commun que de trouver dans les mines d’Allemagne de semblables animaux ainsi renfermés. Un aussi excellent Observateur qu’Agricola qui passait sa vie dans les mines et avec les Mineurs, n’a été probablement porté à parler de ces faits, que convaincu qu’il était, que ces faits sont incontestables.

On trouve encore plus souvent en France, dans les environs de Toulouse, de cette sorte de grenouille, suivant le même Auteur. C’est au milieu d’une pierre arénaire (pierre sableuse) qu’elle se rencontre. Cette pierre est rouge, tachetée de blanc : elle sert à faire des meules (il s'agit donc de pierre meulière). Agricola prétend qu’on a l’attention de fendre ces pierres avant de les façonner en meules. Si on ne le faisait pas, les grenouilles qu’elles pourraient renfermer, s’échaufferaient par le mouvement des meules, elles s’enfleraient, et lâcheraient leur venin, si les meules venaient à se briser.
Cette crainte était une suite du préjugé qui régnait encore dans le siècle où vivait Agricola. Maintenant qu’on sait que ni l’urine, ni la bave des grenouilles, et même des crapauds, ne sont point venimeux, on ne chercherait pas à s’assurer si les blocs de ces pierres renfermeraient ou non des grenouilles ou des crapauds. Il est même étonnant qu’on ait eue cette crainte, et qu’Agricola ce Naturaliste si éclairé, l’ait eue. Comment imaginer qu’un semblable animal renfermé dans le corps d’une meule de moulin, put être nuisible à la farine, étant tellement enclavé dans cette pierre, qu’il n’aurait aucune communication avec l’air extérieur. Serait-ce à travers les pores de la pierre que ce venin pourrait suinter ! Et quand il suinterait ainsi, quel mauvais effet s’ensuivrait-il ? Ce venin se mêlerait à une masse considérable de farine, et d’autant plus considérable que ce venin suinterait peu-à-peu, et pendant un long espace de temps. Si la pierre se fêlait vers l’endroit où serait l’animal, et que le venin pût être répandu plus abondamment, et se mêler ainsi dans la farine, le danger serait-il alors beaucoup plus à craindre ? Il n'y a pas lieu de le croire ; l’on sait que ces sortes de venins pris par la bouche, ne sont point funestes, et qu’il faut qu’ils soient immédiatement portés dans les vaisseaux sanguins, pour pouvoir y produire quelque ravage. Ce n’était donc qu’une terreur panique qu’on avait du temps d’Agricola, et qui avait été transmise de siècles en siècles, depuis les Anciens. Plus d’un Charlatan, et même de Médecin, ont fait prendre de la poudre de crapaud, dans l’idée de faire suer ou uriner, et les malades n’ont ressenti que l’un ou l’autre effet ; ou ils ont sué abondamment, ou uriné copieusement. On prétend même avoir guéri des hydropisies, au moyen de cette espèce de remède.
Oliger Jacobée fait mention dans son traité des grenouilles, de la découverte citée par Agricola ; mais Jacobée se trompe, lorsqu’il dit qu’Agricola rapporte que la pierre où l’animal fut découvert, était des environs de Narbonne, puisqu’Agricola cite positivement ceux de Toulouse. Agricola ne dit point non plus que cette pierre fût poreuse, comme Jacobée le prétend, mais qu’elle est arénaire. Il est vrai que ces sortes de pierres n’ont pas leurs grains aussi serrés que beaucoup d’autres, et qu’ainsi elles sont beaucoup plus susceptibles d’être pénétrées d’humidité ; malgré cela, l’on ne peut pas dire en général, qu’une pierre arénaire soit poreuse. On donnerait, en parlant ainsi, l’idée d’une pierre qui recevrait facilement beaucoup d’humidité, ce qu’on observe dans grand nombre d’autres pierres, qui sont percées d’une infinité de trous plus ou moins grands, très sensibles à la vue. Ces pierres sont pour cela appelées poreuses. Il était essentiel de faire cette remarque ; elle est importante dans le sujet dont il s’agit : un crapaud enfermé dans une pierre poreuse, pourrait plus facilement y vivre que dans une qui serait telle, qu’on n’y put distinguer le moindre trou, comme Agricola le dit positivement de la pierre arénaire des environs de Toulouse.

Guilandin, dans son traité sur le Papyrus, avait déjà cité l’observation d’Agricola, mais sans y rien changer, ni ajouter. Plusieurs autres Auteurs en parlent également. Sachs est un de ces Auteurs. Paullini en est un autre. Ils en font mention, l’un dans sa Synographie curieuse, ou description du Chien ; l’autre dans sa Gammarologie ou considération sur les Crabes et les Écrevisses, et dans sa Réponse à Jean-Daniel Major, qui avait fait quelques objections à Sachs sur plusieurs endroits de sa Gammarologie. Sachs qui n’avait fait que citer Agricola dans ce dernier ouvrage, rappelle dans sa réponse à Major, un trait singulier sans doute, s’il était vrai, rapporté par Agricola. Celui-ci veut que les crapauds renfermés dans les pierres à meule de Toulouse, ont coutume de s’enfler et de rompre les pierres lorsqu’elles sont mises en mouvement dans les moulins. Ce fait n’ayant pas été discuté ci-dessus, il est bon de l’examiner ici, Sachs n’ayant pas fait cet examen.
Comment s’imaginer qu’un animal tel que le crapaud, si gros qu’il soit, puisse en s’enflant, rompre des pierres aussi considérables que des pierres de moulins. Si énergique que soit l'action d’un air renfermé, peut-on croire que celui que peut contenir un crapaud en s’enflant, soit capable d’agir avec une force propre à rompre les pierres en question ? Un homme, si fort qu’il soit, peut à peine rompre une vessie de cochon, en l’enflant par l’air qu’il y fait entrer en soufflant dedans avec effort. Comment donc croire que l’air d’un crapaud puisse agir contre les parois de la cavité où il est renfermé, de façon à faire rompre la pierre qui le contient ? Il est vrai qu’Agricola dit que cet animal s’échauffe par le mouvement des meules : mais la chaleur que ces animaux peuvent acquérir, est-elle telle qu’elle puisse donner à l’air qu’ils renferment, une activité capable de rompre ces pierres, sans faire crever les crapauds mêmes ? ce qui ne leur arrive pas, du moins Agricola ne le dit point ; il y a lieu de penser même le contraire, puisqu’il dit qu’ils lâchent alors leur venin. Il faut donc chercher la raison de ce fait, s'il est vrai, dans une autre cause. Ne pourrait-on pas dire que ces pierres se rompent, parce qu’elles font plus faibles dans l’endroit où les crapauds sont renfermés ? Par le mouvement violent où sont ces pierres, toutes leurs parties sont dans une espèce de tiraillement qui doit les faire tendre à se détacher les unes des autres. Celles qui sont aux environs des cavités, doivent avoir moins de liaison entr’elles, elles doivent donc moins résister à la force qui agit sur elles, par conséquent se détacher les unes des autres, et occasionner ainsi la rupture de la pierre. Cette rupture doit d’autant plus aisément se faire dans ces sortes de pierres, que si bien unis que soient leurs grains, ils ne le sont pas tant que les grains de quantité d’autres pierres qui ne sont pas arénaires. Cette façon d’expliquer ce fait, me paraît plus simple et plus conforme à ce qui arrive à toutes les autres pierres, qui remuées ou frappées, se cassent assez souvent dans les endroits où il y a quelques cavités, quoiqu’elles n’y renferment pas d’animaux vivants.

Les Auteurs dont il a été fait mention jusqu'à présent, et ceux dont on rapportera par la suite les observations, ne disent pas que les crapauds renfermés dans des corps solides fissent entendre leurs cris à travers ces corps. Sachs raconte, d’après Hermann, qu’une grenouille ainsi enclavée ne coassait pas, il est vrai, comme celles qui sont libres, mais qu’elle faisait un bruit sourd, qu’il était facile d’entendre, malgré l'épaisseur de la pierre. Hermann de qui il tenait cette histoire, assurait avoir été témoin du fait, et avoir vu sortir la grenouille de cette pierre, qui par hasard fut cassée.
Quelques dures que soient les pierres qui renfermaient des crapauds vivants, il ne paraît pas, à en juger par ce que les Auteurs qu’on a cités ont dit, qu’elles eussent la dureté du marbre. Aldrovande fait mention d’un marbre dans l’intérieur duquel on trouve un de ces animaux. Cette découverte se fit par un Tailleur de pierre d’Anvers. Ce fait est, à ce qu’il me paraît, le même que celui dont il est parlé dans Goropius Becanus, qui vivait du temps avant Aldrovande.
Si les exemples précédents du fait en question doivent être d’un grand poids pour en établir la vérité, ceux qui sont rapportés dans une lettre de Luid, n’en ont pas moins, si même ils n’en ont pas davantage. C’est dans la troisième lettre de cet Auteur, imprimée à la suite de son Ichnographie ou distribution classique des fossiles d’Angleterre, qu’il est fait mention de ces observations. Cette lettre est l’extrait de cinq lettres de Richard Richardson, Docteur en Médecine.
« On ne peut douter, dit Richardson, de ce que je vous ai écrit, il y a huit ans, au sujet d’un crapaud trouvé au milieu d’une pierre. Moi-même j’étais  présent lorsqu’on cassa cette pierre, et je fus aussitôt averti par les Carriers. J’ai vu cet animal, et l’endroit où il était placé. Cet endroit était au milieu de la pierre. Cette pierre n’était percée d’aucun trou qu’on pût voir où était placé l’animal, était plus dur que le reste de cette pierre. Elle est de la nature de celle que nous appelions communément, Tron-Baud. L’animal ne vécut que trois heures à l’air. L’endroit d’où la pierre a été tirée, se nomme Moor-Close. Il est près de la chapelle de Weibs, dans la paroisse de Bradford. Cet endroit n’est pas le seul où l’on ait dans ce pays trouvé de ces animaux ainsi enfermés. M. Charles Hall, homme digne de foi, Marchand d’York, assure qu’il a vu sortir un crapaud vivant d’une pierre encore beaucoup plus dure, qu’on cassait en sa présence. L’endroit où cet animal était renfermé représentait très bien la forme de l’animal, et cet endroit était précisément au milieu du bloc de pierre ; elle avait environ quatre pieds de diamètre.
Cette pierre était à la surface de la terre, près d’un certain Pré du Lewendhorp, peu éloigné de la ville de Leeds. Personne vivante ne pouvait se rappeler le temps où elle avait été apportée dans cet endroit. On voit à Blingley, situé à environ six mille de North-Bierley, dans une maison voisine de l’Église, une pierre qui sert de chambranle de cheminée ; on le souvient dans cet endroit, qu’on avait trouvé un crapaud vivant dans cette pierre. Pour conserver la mémoire de ce fait, celui qui avait bâti cette maison avait placé la pierre de façon qu’on pouvait voir la place où cet animal avait été caché.
Ceux qui doutent de ces sortes de faits, pourraient trouver dans ce pays plusieurs autres témoignages qui les confirment. Pour dire ce que j’en pense, je ne vois point qu’un fait si bien constaté depuis longtemps, ait encore besoin de preuves, d’autant plus que les preuves qu’on en a, sont dues à des Auteurs auxquels on ne peut, à juste titre, refuser son consentement. Rester dans son doute, c’est vouloir adhérer à son opinion, plutôt que de se rendre au sentiment commun, et aimer mieux s'attacher à des rêves philosophiques qu’à des faits qu’on a vus démonstrativement
». Richardson écrivait ceci en 1698.

Depuis ce temps, les exemples se sont multipliés. Il est fait mention d’un, dans les actes des savants de Leipzig. Il y est dit d’après un ouvrage de Richard Bradlev, dont on donne l’extrait, que cet Auteur voulant calculer le temps qu’il fallait pour qu’une pierre parvint à sa parfaite dureté, dit que vers 1716 ou 1717 on présenta à la Société Royale un crapaud qui avait été trouvé dans une pierre, et dans laquelle, selon Bradley, il devait avoir vécu au moins une centaine d’années.
Ce que dit Bradley est d’autant plus intéressant, qu’il rapporte un fait dont il a été témoin. Voici ce qu’on lit dans son ouvrage ; « Nous avons plusieurs exemples de crapauds qui ont été tirés vivants du milieu de larges blocs de pierre dure, et j’ai été une fois témoin oculaire d’un crapaud trouvé dans le centre ou le cœur d’un gros chêne qu’on sciait en ma présence. Je n’ai jamais rien ouï-dire de pareil des grenouilles ».
Il sera cependant fait mention dans ce Mémoire, d’une grenouille ainsi renfermée dans une pierre. Une des causes qui peuvent enclaver de ces animaux, soit dans des arbres, soit dans des blocs de pierres, peut également surprendre de ces animaux, ou en renfermer leurs œufs, de façon à leur fermer toute espèce d’issue. Il faut cependant avouer que les exemples multipliés, tombent plus sur les crapauds que sur les grenouilles. Cela viendrait-il de ce que ces dernières sont plus vives, qu’elles sont lestes, au lieu que la lenteur du crapaud le rend plus susceptible d’être embarrassé dans les substances pierreuses, lorsqu’elles sont encore dans un certain état de mollesse ou de boue, par lequel elles passent probablement avant de prendre de la dureté ; supposition que Bradley faisait pour expliquer la manière dont ces animaux pourraient être renfermés dans les pierres, au milieu desquelles on les découvre.

Ce ne sont point des pierres, mais des arbres qui ont servi de retraite, ou plutôt de prison, à ceux de ces animaux dont il me reste à parler. On en a deux exemples dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, et un dans les Actes des Savants que je viens de citer. Le premier est consigné dans l’Histoire de l’Académie pour l’année 1719. II y est dit qu’un crapaud était renfermé dans un pied d’orme de la grosseur d’un homme, trois ou quatre pieds au-dessus de la racine et précisément au milieu. Ce crapaud était de taille médiocre, maigre. Il n’occupait que sa petite place. Dès que le bois fut fendu, il sortit et s’échappa fort vite. Jamais orme n’a été plus sain, ni composé de parties plus serrées et plus liées. Le crapaud n’avait pu y entrer par aucun endroit.
L’autre fait, qui est cité dans l’Histoire de 1731 est semblable à celui-ci, il ne diffère qu’en ce que le crapaud était enclavé dans un chêne, et que le chêne était encore plus gros que n’était l’orme. On jugea par la grosseur du chêne, qu’il pouvait avoir 80 ou 100 ans, et qu’ainsi cet animal devait s'y être conservé pendant ce temps, sans air et sans aliment étranger. Il s’était apparemment, continue M. de Fontanelle, nourri de la substance de l’arbre, comme celui de l’orme avait tiré la sienne de la substance du bois de ce dernier arbre.
Celui dont il est parlé dans les Actes des Savants de Leipzig, est le même que celui des Mémoires de l’Académie ; peut-être que qui chercherait à s’assurer, si on ne pourrait pas trouver d’autres exemples, et qui, à cet effet, feuillèterait les Chroniques, les Annales, les Recueils des différentes Académies, ceux des ouvrages périodiques ; peut-être que celui qui se donnerait cette peine pourrait augmenter le nombre des exemples que j’ai cités, mais il n’en trouverait probablement pas de plus singuliers. Ils ne prouveraient probablement pas plus la possibilité qu’un animal peut vivre grand nombre d’années sans avoir communication avec l’air extérieur, et l’on pourrait toujours faire les objections, qu’on ne manque jamais de faire lorsqu’on parle de ces observations. L’on veut toujours que les observations aient été mal faites ; que des Ouvriers qui ne s’attendent point à rencontrer un animal renfermé dans une pierre ou un arbre, prennent pour un animal sorti de ces corps, un crapaud qui est sorti de quelque coin de l’endroit où l’on cassait les pierres et où l’on fendait le bois. Si l’on réplique qu’il y a des exemples rapportés par des Savants, bons Observateurs, qui disent avoir été présents lorsque la découverte de ces animaux a été faite, les incrédules répliquent à leur tour que ces Savants peuvent s’être trompés eux-mêmes, et que dès que l’animal est sorti du corps qui le renfermait, on ne peut guère prouver qu’il y a réellement vécut. On ne pourra pas du moins faire cette objection contre l’exemple que j’ai actuellement à rapporter, et qui a donné occasion à ce Mémoire, L’animal qui est conservé dans le Cabinet de S. A. S. M. le Duc d'Orléans existe encore dans le corps où il a été trouvé. Il est adhérent et comme enchaîné dans ce corps, d’où il ne pouvait même se retirer lorsque ce corps a été cassé, et que le crapaud a été en grande partie découverte Voici l’histoire de ce fait.
Le 20 Septembre de l’année 1770, on me remit, par ordre de M. le Duc d’Orléans, un crapaud ordinaire d’une bonne grosseur, aussi vif que le comporte son naturel et se débattant avec deux de ses pattes qui étaient libres. Les deux autres pattes étaient prises dans un morceau de vieux plâtre. Ce plâtre avait fait partie d’un massif de plâtre recouvert de carreaux ordinaires : le crapaud a été trouvé au milieu de ce massif, par des ouvriers qui le démolissaient. Craignant que cet animal ne détachât ses pattes, et qu’on ne pût plus prouver qu’il y eût été attaché, je le mis clans de l’eau-de-vie. Si j’eusse su la façon dont une des pattes est prise dans le plâtre, bien loin de faire mourir cet animal, j’aurais entretenu sa vie le plus longtemps qu'il m’aurait été possible. Elle est tellement enchaînée, que malgré tous les efforts qu’il aurait pu faire, il lui aurait été impossible de la retirer. J’ai reconnu qu’une des ceux pattes était si intimement prise dans le plâtre par toute sa longueur, que l'animal ne pouvait l’en détacher qu’en emportant une partie du morceau de plâtre, que je ne diminuais que parce qu’il ne pouvait entrer dans le vase ou je le voulais mettre. Le morceau qui s’est détaché a été si heureusement emporté qu’une grande partie de la patte est découverte et l’autre prise dans le plâtre, de sorte que le morceau de plâtre est traversé par cette patte. Il est ainsi aisé de constater que cette patte est tellement liée au plâtre que l’animal ne pouvait la retirer.
L'on ne peut ainsi nier que ce crapaud ait réellement vécu dans le massif de ce plâtre.
En accordant ce fait on pourrait objecter qu’il y avait au massif de plâtre quelque fente, quelque trou qu’on n’a pas vu. Ce que je pourrais répondre, c’est qu’on m’a assuré qu’on n’avait observé aucune ouverture dans ce massif, et que l’animal était dans l’épaisseur de ce massif. L'endroit où il était placé a assez la forme de son corps. Il est lisse et uni. Trois de ses pattes étaient prises dans le plâtre, lorsqu’il a été trouvé, deux le sont encore, le plâtre est ancien. Voici tout ce que je peux assurer de plus positif. S’il y avait eu quelque petit trou, quelque fente au massif de plâtre qui eût pu donner entrée à l'air et peut-être même à des insectes, comme à des mouches, des moucherons, des araignées dont l’animal eût pu se nourrir, à l'humidité qui eût pu lui fournir une espèce de boisson, bien mince il est vrai, le fait serait moins singulier ; mais il le serait cependant qu’un animal eût pu ainsi vivre si longtemps dans une gêne continuelle et ainsi séquestré. Il est vrai que ces animaux sont très longtemps sans manger ; qu’ils passent la moitié de l’année dans un engourdissement qui les met dans une espèce de léthargie pendant laquelle ils n'ont besoin d’aucun aliment ; qu’ainsi le merveilleux de ces sortes de faits, se trouve par cette circonstance diminuée de moitié, et il le serait beaucoup plus pour le dernier s’il y a eu quelque trou ou quelque fente au massif de plâtre, ce que l’embonpoint de l’animal en question pourrait encore faire penser. Il est dit de celui qui a été trouvé dans le milieu d’un orme, et dont il est parlé dans l'Histoire de l’Académie, qu’il était maigre ; il semble que ces animaux ainsi renfermés, devraient l’être tous, Celui-ci ne l'était point. On en pourrait conclure qu’il recevait de la nourriture. C’est ce que je ne puis assurer ni nier ; ceux qui ont vu le massif, disent qu’il n’avait aucune ouverture.

Sachs rapporte un fait qui a quelque rapport à celui-ci, et dont il ne fera peut-être pas hors de propos de faire mention. Sachs ne fait le récit en question que d'après Stengel, qui le décrit dans son traité sur les Monstres. J’ai vu, dit Stengel, un Médecin qui ayant pendu une vipère, et au bout de trois jours la croyant suffoquée, l'ensevelit dans du plâtre délayé, pour l’y mouler. Après trois jours, le plâtre s’étant durci, il voulut retirer la vipère du milieu de ce plâtre, croyant qu’elle y aurait été empreinte. À l’ouverture du plâtre la vipère en sortit en sautant et en sifflant, et comme se plaignant de sa prison. J’ai vu cette vipère, continue Stengel. Le temps de cette expérience a été bien court, il aurait été à souhaiter qu’il eût duré des années. Cette expérience aurait jeté un grand jour sur la possibilité des autres observations, et aurait levé bien des doutes, et répondu aux objections qu’on fait toujours contre cette possibilité ; il est même étonnant qu’au lieu de tant écrire et tant raisonner sur ces faits, qu’on n’ait pas fait de ces expériences ; il aurait été plus simple d’enfermer ainsi différents animaux de la salle des reptiles, de placer ces animaux dans un dépôt public, comme une bibliothèque, une académie, et ouvrir de ces massifs de dix années en dix années, et donner au public par l’impression, les observations qu’on aurait faites sur ces animaux tirés de leurs sépulcres.

S’il était bien confiant que l’histoire rapportée par Guillaume de Neubrige ( Novobrigensis ), et d’après celui-ci par Stengel, Meyer et Paullini, fut vraie, on pourrait croire que quelqu’un a eu la pensée de donner le moyen de prouver que des crapauds peuvent vivre renfermés dans l'intérieur de corps solides. Il est dit dans la relation de cette histoire, qu’au milieu de deux pierres polies, placées dans une carrière, on avait rencontré un crapaud avec une chaîne d’or au col. Les pierres et le crapaud furent portées à l’évêque diocésain, qui regardant ce fait comme une superstition, fit jeter les pierres et le crapaud. Si cette expérience était bien constatée, elle ferait, comme je viens de le dire, des plus importantes dans la question dont il s’agit. Il semble même que des Auteurs en ont voulu conclure la possibilité des crapauds vivants dans l'intérieur des pierres ; mais il ne paraît pas qu’on ait apporté pour établir la vérité de cette histoire, toutes les précautions et employé tous les moyens que la prudence humaine semble exiger. Elle peut engager à la répéter ou à en faire d’équivalentes. Voilà, à ce que je crois, toute futilité qu’on en peut retirer.
L’expérience faite sur la vipère, et rapporté par Stengel, mérite plus de croyance, et prouve qu’une vipère peut vivre du moins pendant quelques jours, privée d’air et hermétiquement enfermée, et porte à faire croire qu’elle aurait pu vivre beaucoup plus longtemps, et qu'il en aurait été d’elle comme de ces serpents qui ont vécu un temps considérable au milieu de blocs de pierres, comme il est rapporté dans plusieurs ouvrages qui ont été cités dans ce Mémoire.

Fulgose est encore, à ce que je crois, le premier qui ait parlé de ces animaux ainsi ensevelis. On en trouva un, suivant lui, dans le Latium ou la campagne de Rome, sous le Pontificat de Martin V. On le découvrit en sciant de la pierre. Jean Nardius de Florence dit avoir vu un  semblable serpent trouvé vivant dans un bloc de marbre. Libavius dans son traité sur la chair fossile, parle de vipères et de crapauds ainsi renfermés dans des pierres ; Cardan en fait aussi mention. Enfin dans la feuille de l’Avant-Coureur du 15 Septembre 1766, on rapporte un fait semblable de la façon suivante.
« L’air si nécessaire à la vie, et qui l’entretient, paraît aussi en précipiter le cours, et dernièrement en Lorraine, deux hommes fendant un bloc de pierre, qui pouvait avoir environ vingt pieds de hauteur, trouvèrent,  non sans étonnement, dans le centre de ce bloc, une couleuvre grosse comme le poing, et repliée neuf fois sur elle-même en ligne spirale. Cette couleuvre était vivante, mais elle fut tuée au bout de cinq minutes, par la trop vive et trop subite impression du grand air. En vain on essaya de l’étendre, on ne put y parvenir sans la déchirer. Le fond et le contour de sa cellule, étaient parfaitement lisses. On ne remarqua aucune fente par  où ce reptile ait pu le glisser dans la pierre. Il est a croire que cet animal s’est trouvé surpris, et d’abord enveloppé par un éboulement de matière, que cette matière s’est pétrifiée, a augmenté par succession de temps. Que de centaines d’années n’a-t-il point fallu pour ces formations toujours lentes des minéraux ? L’animal ne perdant rien par la transpiration, a conservé le souffle de la vie, mais d’une vie sans action, et en quelque sorte passive ».
Des faits qui se sont passés dans différents siècles, dans différents pays, qui ont été observés par des gens qui n’étaient pas prévenus, et qui n’avaient pas intérêt à tromper, des faits pareils semblent devoir emporter notre consentement. Si ces faits n’étaient rapportés que par des Auteurs qui eussent vécu dans des temps où une trop grande crédulité faisait souvent adopter, sans examen, tout ce qui était extraordinaire, on pourrait encore raisonnablement en douter : mais ces faits se sont répétés dans des siècles éclairés et de nos jours, où l’on apporte plus d’attention que jamais dans l’examen de ces sortes d’événements. Plusieurs de ces faits ont été vus par ceux qui les ont rapportés. Ils ont, comme Paré et Richardson, fait sentir qu’on ne devait point douter de leurs observations. On ne peut donc guère raisonnablement douter de ce que les Auteurs rapportent a ce sujet. C’est sans doute pour n’avoir pas assez examiné cette matière, que M. Desbois, dans son Dictionnaire sur les Animaux, s’exprime d’une manière propre à jeter du doute sur ces observations. « Le crapaud, dit-il, se tapit parmi les pierres, les planches de jardins et sous la sauge. On en a trouvé, dit-on, dans les cœurs des pierres ». Il essayé, par un semblable trait, de renverser les meilleures observations, ou de jeter du moins un nuage sur leur réalité. On ne peut disconvenir que les faits dont il s’agit sont étonnants, mais il  ne s’ensuit pas qu’ils soient faux. On doit, depuis un certain temps surtout, s’accoutumer à admettre en Histoire Naturelle comme en physique, des faits pour le moins aussi difficiles à croire. La reproduction des polypes et certains effets de l’électricité font de ce nombre. Il est sage en Physique comme dans toutes les Sciences, de suspendre son jugement ; mais lorsque des faits se répètent et se prouvent les uns par les autres, il y a de l'opiniâtreté à ne pas accorder son consentement.
Il ne paraît pas qu’aucun des Auteurs qui ont fait mention de quelqu’un de ces faits, ait douté du fait qu’il rapportait. Ceux qui n’en ont parlé que d’après les autres, les ont aussi adoptés sans chercher à les réfuter. Plusieurs même réfutent certaines propriétés qu’on attribue au crapaud ou à quelques-unes de ces parties, mais ils ne jettent aucun doute sur leur existence au milieu de corps solides.
Il faut avouer que quelques-uns de ces Auteurs paraissent avoir aussi fermement cru des faits encore plus étonnants, et sur lesquels on peut jeter beaucoup de doute. Paullini, par exemple, rapporte le suivant d’après Schot, qui l'avait tiré de Stengel. Il le rapporte sans critique, quoique Schot en eut douté, et le regarda même comme faux. Il ne s’agit point dans ce fait de crapaud ou de serpents renfermés dans des corps solides, mais de deux chiens qui furent trouvés vivants dans une grande pierre tirée d’une carrière. Ils remplissaient la cavité où ils étaient ensevelis, et il n’y avait aucune ouverture par laquelle ils pussent respirer. « Ils parurent, dit Stengel, du genre des lévriers. D’un regard farouche, on aurait dit qu’ils descendaient du chien Cerbère, ils exhalaient une odeur infernale, ils n’avaient point de poils. Un de ces chiens mourut en voyant le jour. L’autre était très vorace. L'évêque de Winton s’en amusa plusieurs jours ». Personne dit Schot, ne me persuadera que ces chiens ont crû dans cette pierre sans manger et sans respirer. J’aime mieux croire qu’un mauvais génie, à qui cela est facile, s’est ouvert un chemin dans cette pierre, y a enfermé ces chiens, qu’il avait apportés d’autre part, dans le moment qu’on les a découverts. Il aurait mieux valu nier simplement le fait, que de le réfuter de la façon dont Schot le réfute. Ce jésuite, ainsi que Delrio son confrère, croyaient fortement à la magie ; ce dernier encore plus que le premier. Son sentiment au sujet des deux chiens, est semblable à celui de Schot. Cette Physique n’est pas du goût de ce siècle, On rejetterait plutôt le fait, qu’on, ne recourrait à une semblable explication ; et si on ne prenait pas un parti si décisif, on resterait du moins dans le doute.
S’il est difficile pour bien des gens, de croire que des crapauds et des serpents puissent vivre renfermés dans des pierres, il l’est sans doute pour tout le monde, que des chiens ainsi ensevelis conservent longtemps la vie. Les chiens ne peuvent rester beaucoup de jours sans manger, au lieu que les crapauds et les serpents peuvent passer la moitié de l’année sans prendre de nourriture. Cette singulière propriété que la nature leur a accordée, prépare les esprits à croire que ces animaux mis dans un état où ils ne transpirent point, peuvent aisément rester en vie ; mais pour des chiens qui d’eux-mêmes sont voraces et ont besoin de manger souvent, on ne conçoit pas qu’ils pussent rester même ainsi enfermés, sans mourir de besoin. On aurait beau dire qu’à l’instant qu’ils ont été pris par la matière qui les a ensevelis, leur transpiration s’est arrêtée et les a mis dans l’état des crapauds et des serpents, il serait difficile de souscrire à cette explication. J’aimerais donc mieux nier le fait, que de vouloir en chercher une explication, et croire que Guillaume de Neubrige qui est le premier, à ce qu’il me paraît, auquel on doit cette histoire, a été séduit et a cru trop bonnement. Ce prétendu fait est le seul dont on ait parlé, il ne s’est pas répété, au lieu que l’on a plusieurs exemples de crapauds et de serpents enclavés dans des corps solides. Il paraît donc qu’on ne peut trop douter de ces faits. Peut-on également admettre les explications qu’on a données de ces faits ? C’est ce qu’il reste à examiner.

Si le sentiment de Fulgose pouvait être admis, il lèverait certainement toute espèce de difficultés et d’objections. Cet Auteur veut qu’on puisse dire que ces animaux avaient été créés de façon qu’ils n’avaient pas besoin de manger, et qu’en cela ils ressemblaient au caméléon qui avait cette propriété, et qui ne vivait que d’air. L’on sait maintenant que le caméléon vit d’insectes. L’erreur où Fulgose était à son sujet, l’a fait tomber dans la seconde. La fausseté de l’explication est démontrée par le faux de l’exemple dont il se sert pour appuyer son explication. Aussi n’a- t-elle été suivie par aucuns des Auteurs qui ont voulu rendre raison de ces faits.
L’explication qu’on y a d’abord substituée n’était pas meilleure. Paré voulait que ces animaux fussent produits par l’humidité des pierres. « On peut aussi, ce sont ces termes, donner raison de la naissance et vie de ces animaux, c’est qu’ils sont engendrés de quelque substance humide des pierres, laquelle humidité pétrifiée produit telles bêtes ». Quoique la philosophie de plusieurs savants de nos jours conduise à faire revivre les naissances spontanées, je ne crois pas cependant que les idées de Paré trouvent beaucoup de partisans, à moins que ce ne fût parmi les sectateurs de cet Auteur, qui veut que la nature qui travaille toujours à former l’être le plus parfait, fasse passer les molécules de la matière depuis les êtres les moins parfaits, jusqu’à celui qui renferme le plus de perfections ; il entend l’homme. D'où il conclut que toutes ces espèces de corps pierreux qui ont quelque ressemblance avec des parties d’animaux ou de l'homme, sont formées de parties de la matière qui ont déjà acquis certains degrés d’affinement et de perfection, et qu’elles sont prises du terme où il faut qu’elles parviennent pour former les parties des animaux auxquels elles ressemblent.
Un semblable philosophe ou quelqu’un de ses adhérents pourrait bien souscrire au sentiment de Paré, et vouloir qu’il s’est trouvé dans les cavités des pierres, où l'on a découvert des crapauds vivants, des parties de matière, qui ayant déjà formé des pierres qui avaient de l'analogie par la figure aux parties dont le crapaud est composé, en ont formé dans ces cavités des crapauds parfaits, les parties de matière propres à chaque membre des crapauds s’y étant trouvé réunies. De semblables inepties pourraient bien être encore adoptées par certains philosophes, qui donnent plus à l’imagination qu’à l’observation ; mais après ce que les Naturalistes exacts et bons observateurs ont fait connaître sur la reproduction des animaux, un sentiment pareil ne peut que faire nombre dans la liste des erreurs de l’esprit humain. Si au mépris de la saine Physique et des meilleures observations, ce sentiment reprenait saveur, on reverrait probablement reparaître successivement l’esprit architectonique, les Archées, les vertus Artinoboliques et formatrices, les idées sigillées, les raisons séminales, et comme dit Bourguet, « cent autres agents semblables forgés dans l’école du Péripatétisme et dans celle de la Chimie fanatique ». Un Auteur de nos jours, encore plus singulier par la singularité de ses idées que par la manière de les présenter, a déjà fait tous ses efforts pour donner une nouvelle naissance aux matières plastiques.
C’était le sentiment que Lang, Médecin de Lucerne, avait embrassé. Il apporte même en preuve les crapauds, les serpents et même les chiens trouvés entre des pierres. Celui de Paré est le même, à quelque petite différence près, que celui que Servius, Médecin du Pape Urbain VIII avait adopté. Ce Médecin veut que « ces animaux ne soient pas produits de leurs semences propres, mais d’une matière et d’une humeur cachée dans les pierres où ils font enclavés, et d’une force qui vient du dehors ».
Enfin pour ne pas rapporter tous les sentiments que les uns ou les Autres des Auteurs qui ont parlé de ces animaux ont pu soutenir, il suffira de dire qu’ils en ont expliqué la formation suivant l’un des systèmes qu’ils avaient embrassé, et dont il a été parlé plus haut d’après M. Bourguet.

Le plus raisonnable qu’on puisse, à ce qu’il me semble adopté, est celui dont il est parlé dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, et qui a été suivi par l’Auteur de l’Avant-Coureur, Ce système n’en est pas même un, puisqu’on fait naître ces animaux suivant les lois ordinaires par lesquelles les autres animaux naissent. Ceux qui sont enfermés dans des corps durs, n’y naissent que parce que des œufs fécondés y ont été renfermés par une cause quelconque ; ces œufs y sont éclos, l’animal y a peu à peu crû, et y a pris plus ou moins de force et de grandeur.
Ce sentiment entraîne avec lui une difficulté assez grande. Pour que ces animaux pussent croître, il leur a fallu de la nourriture, et d’où cette nourriture leur était-elle fournie ? Les animaux renfermés dans des arbres pouvaient la tirer de la sève de ces arbres. Ceux qui le sont dans les pierres, de l’humidité qui pénètre ces pierres. Cette humidité peut d’autant plus leur suffire que des animaux ainsi isolés et à l’abri des impressions de l’air, ne doivent pas transpirer et n’avoir point par conséquent besoin de réparer les pertes qu’ils auraient faites, par la transpiration, s’ils eussent vécu à l’air extérieur. Ces animaux sont ordinairement maigres. Ce qui prouve que leur nourriture n’a pas été abondante ou qu’ils n’ont pas eu besoin d’une nourriture abondante, et que celle dont ils ont usé n’a pas été suffisante pour leur donner une certaine grosseur. Le crapaud du Raincy est gros et fort ; ce qui me ferait penser qu’il pouvait y avoir quelque trou ou quelque fêlure au massif de plâtre où il était enseveli, et que des insectes et l’humidité pouvaient pénétrer jusqu’à lui, et qu’il s’en nourrissait. Ce qui rendrait ce fait moins singulier que ceux dont il a été mention dans ce Mémoire, d’après les Auteurs qui les ont rapportés. Il m’a paru cependant mériter assez d’attention pour m’engager à revoir ce qui avait été dit au sujet de semblables animaux, et en composer ce Mémoire.

Observation.
Depuis la lecture de ce Mémoire, que j'ai faite à l’Académie  en Mars 1771, on a imprimé dans l’Année Littéraire les trois faits suivants. En 1719, on avait trouvé un crapaud vivant dans un pied d'orme de la grosseur d’un corps d’un homme, à trois ou quatre pieds au-dessus de la racine, sans  qu'on pût suspecter aucune ouverture par laquelle l’animal eut pu entrer.

M. Seigne observa en 1731, dans un chêne plus gros que l’orme dont on a parlé, et il fit observer à l’Académie, en lui annonçant cette découverte, que vu la grosseur de l’arbre et le temps nécessaire à son accroissement, il fallait que ce Crapaud y fût entré depuis quatre-vingt ou cent ans.
M. Le Prince, célèbre Sculpteur, trouva en 1756, à Ecreville, au Château de M. de la Rivière, un crapaud vivant dans le noyau d’une pierre dure où il était encastré.
Voyez Année littéraire 1781, Tome 3, page 2177.

 

 

 

 

 

Série précédente :
Vers en murs
Haut de page
Vers la présentation des photographies hebdomadaires
Haut de page Série suivante : Souvenir de Mme Veil, ministre de la santé

 

droits déposés
Dépôt de Copyright contre toute utilisation commerciale
des photographies, textes et/ou reproductions publiées sur ce site
Voir explications sur la page "Accueil"

Plan de site Recherches Qualité Liens e-mail